Centre Presse - 18 août 2006 - Environnement
Réaction du fournisseur de semences et de l'organisme certificateur après la découverte d'OGM dans des produits destinés à l'alimentation animale : « On subit la dictature des OGM ».
Jean-Paul Salesses, agriculteur bio à Rieupeyroux, a, à sa grande surprise, découvert que l'alimentaiton qu'il donnait à ses vaches laitières contenait des traces d'OGM. C'est un contrôle de l'organisme certificateur Ecocert qui a révélé la présence d'OGM dans le maïs destiné à l'alimentation des bovins à hauteur de 0,02% avant qu'une seconde analyse ne s'avère négative.
Comment des OGM peuvent-ils se retrouver dans des alimentations certifiés Agriculture Biologique ? L'explication donnée par Jean-Marie Lespiaut, responsable de la coopérative Comptoir d'Auzan qui a fourni les aliments incriminés dans le cas de Rieupeyroux, est aussi limpide qu'inquiétante pour l'avenir : « Quand on cherche, on trouve et on n'a pas fini d'en trouver des traces d'OGM ! Moi je ne suis pas pour les OGM. Mais force est de reconnaître qu'aujourd'hui il y a des champs d'essais partout même si on ne sait pas exactement où et pourquoi. C'est sûr qu'il y a pollinisation croisée ! Nous, nous sommes des victimes. On fait attention, mais on a des embêtements… Ils ont trouvé des traces qu'on ne peut même pas mesurer, quantifier. On aura du bio OGM, faudra se faire une raison ! L'agriculture bio, on fait tout pour la freiner, beaucoup reviennent en conventionnel… ».
Un avis qui, faute de rassurer sur l'avenir de l'agriculture bio, et à la lumière de la mésaventure de Jean-Paul Salesses, remet en lumière toute la problématique des OGM. Sans même entrer dans le débat de fond, la « découverte » de l'agriculteur aveyronnais renvoie immanquablement au problème de la contamination par les OGM des cultures traditionnelles environnantes à partir des essais en plein champs. L'organisation écologiste Greenpeace avait d'ailleurs publié une carte de localisation des cultures de maïs transgénique, mais le tribunal de grande instance de Paris lui a demandé de la retirer de son site internet.
François PUECH.
Antoine Faure, ECOCERT (organisme certificateur) :
Un agriculteur chez qui l'on retrouve des traces d'organismes génétiquement modifiés peut-il être déclassé ?
Oui. En dessous de 0,1% il ne peut pas y avoir d'incidence sur la certification. Entre 0,1 et 0,9, il y a enquête pour savoir d'où viennent les pollutions et il peut y avoir un déclassement. Au-delà de 0,9 il y a automatiquement déclassement. Ces seuils ont été instaurés par l'association des organismes certificateurs en agriculture biologique en accord avec l'agriculture bio.
Pourquoi trouve-t-on des traces d'OGM dans des aliments certifiés AB ?
La réalité c'est qu'il y a une pollution de fond en OGM. On ne peut pas garantir une non-contamination par pollinisation.
Les surfaces OGM en France sont relativement faibles, mais la contamination peut se faire aussi depuis les pays voisins, notamment l'Espagne, où les surfaces sont plus importantes. Si on en trouve en agriculture bio, c'est car elle est beaucoup plus contrôlée que la conventionnelle.
Est-il possible de lutter contre cette contamination ?
La coexistence est difficile. A part mettre les champs sous cloche on ne peut éviter cette contamination croisée. Ça risque de choquer mais on subit la dictature des OGM !
La dépêche du Midi - 18 août 2006 - Rieupeyroux
J.P. Salesses ne voudrait pas d'OGM
Au lieu-dit La Guilherme, le jeune Jean-Paul Salesses est éleveur en production laitière biologique de brune des Alpes, une race par ailleurs peu répandue en Aveyron. Installé depuis 1979, à la suite de ses parents, et comme tout producteur en bio, il contrôlé par l'organisme ECOCERT, une garantie aussi pour tous.
L'alimentation de son cheptel est donc particulièrement étudiée, et au printemps dernier il a décidé un essai de rationnement avec apport de maïs. Adhérent à UNICOR, il a été livré par la société « en demandant bien sûr du maïs sans OGM, impératif au vu de mon activité » souligne-t-il. Seul petit hic, après un contrôle de laboratoire Atlangène (pour ECOCERT), des traces de maïs transgénique P35S, mais avec la mention « pour l'espèce maïs, les teneurs en ADN transgénique P35S sont inférieures à la limite de quantification de 0,1 %. Interrogation de l'éleveur, à qui il lui est demandé « d'étudier les sources de contamination possible ». Directeur général d'UNICOR, Bernard Bioulac a souhaité préciser « il n'y a pas de pollution croisée, alors que techniciens et scientifiques assurent toutes les garanties dans ce domaine », la norme à moins de 0,1 % étant légale au niveau national et donc ne mettant pas en cause la société. Seule question qui demeure pour tous « comment va-t-on pouvoir obtenir des végétaux exempts d'OGM… ».