Dérèglement climatique, augmentation des pollutions, catastrophes naturelles, ma conviction est forte et ancienne : le 21ème siècle sera écologique ou ne sera pas. Pour l'homme et pour la planète, c'est désormais une question de survie. Il est grand temps de réagir en faveur d'une écologie active. C'est un de mes sept engagements pour 2007. Je souhaite y revenir dans ce billet car la question écologique devra être au cœur de notre rendez-vous avec les Français.
La prise de conscience de cette situation se développe rapidement, y compris aux Etats-Unis, comme le montre l'excellent film de l'ancien vice-président Al Gore et les initiatives prises par certains Etats américains. Mais il reste un décalage considérable entre les discours et les actes. Dans notre pays, la plupart des forces politiques et des candidats à la présidentielle parlent d'écologie, mais bien peu indiquent sur quelles mesures concrètes ils s'engagent pour faire du développement durable une priorité dans tous les domaines de l'action publique.
(...) il est important, sur la base de notre projet socialiste, d'approfondir et de préciser nos propositions. Celles-ci ne peuvent se limiter à un discours vague sur l'excellence environnementale ou à des propositions emblématiques, comme l'interdiction de l'expérimentation des OGM de plein champ, qui sont indispensables mais ne suffisent pas. Leur mise en œuvre devra s'appuyer sur un débat démocratique permanent, qui ne se limite pas à recueillir les observations et les propositions, mais qui fournit aux citoyens un vrai droit d'être informé dans la transparence, de donner leur avis, d'alerter et de débattre, et un vrai pouvoir de prendre des initiatives.
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Face au péril du dérèglement climatique, je proposerai à nos partenaires européens l'adoption d'une fiscalité écologique fondée sur le principe du pollueur/payeur. Et nous mobiliserons la communauté internationale pour qu'une Organisation mondiale de l'environnement voie enfin le jour, capable notamment de sanctionner les pays qui violent le protocole de Kyoto et de faire respecter les exigences environnementales dans les échanges internationaux.
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Le patrimoine naturel de notre pays est très dégradé. 75 % des eaux douces françaises sont contaminées par les nitrates et les produits phytosanitaires, la Méditerranée a perdu une large part de ses poissons avec l'envahissement de la taxifolia et la pêche intensive, les sept parcs naturels nationaux sont remis en cause par la loi présentée par le gouvernement, les marais et les rivières s'appauvrissent faute d'entretien et augmentent les risques d'inondations, les terrains durablement pollués se multiplient.
Dans notre pays comme dans le monde, la nature et sa diversité biologique sont en danger. C'est pourquoi il faudra réorienter la politique de l'eau en faveur de la préservation de la ressource, lancer un programme national anti-phytosanitaire permettant de diminuer par deux en cinq ans les volumes répandus par l'agriculture, et renforcer l'action de protection des espaces naturels.
Article sur Laurent Fabius et l'écologie
Source : liberation.fr le vendredi 20 octobre 2006. Par Jean-Paul Deléage, Directeur de la revue «Ecologie & Politique».
L'écologie au cœur de la puissance publique, avec Laurent Fabius
Vu l'urgence des périls écologiques, un poste de vice-Premier ministre de l'écologie est nécessaire. Un défi que lui seul, parmi les candidats socialistes à l'Elysée, est capable de relever.
Les semaines qui viennent seront cruciales pour l'avenir d'une gauche écologique dans notre pays car les socialistes désignent bientôt leur candidat(e) à l'élection présidentielle. En toute connaissance bien entendu des choix programmatiques de chacun des trois postulants. Avec la juste conscience aussi de la double urgence écologique et sociale qui devra inspirer la politique du président de la République qu'élira le peuple de France.
Je m'en tiendrai ici à l'urgence des périls écologiques et au premier d'entre eux, celui du réchauffement climatique. Sortir du dilemme de la catastrophe humaine ou de la catastrophe écologique suppose certes l'élaboration d'un projet de société à rebours de l'utopie néolibérale. Mais il implique surtout des engagements précis et des actes immédiats.
Chacun pressent à quelles difficultés nous serons confrontés si nous n'infléchissons pas radicalement nos consommations énergétiques, si nous ne prenons pas immédiatement acte des changements nécessaires dans les grands choix publics d'aménagement et de transport, de soutien à de nouvelles orientations pour la recherche à l'échelle européenne (en concertation avec nos voisins allemands en particulier), à des reconversions massives de notre appareil de production, qu'il s'agisse d'énergie, d'industrie ou d'agriculture. A l'opposé de la privatisation de GDF, il convient de répondre par la création d'un grand pôle public de l'énergie, voire d'une Agence française de l'énergie, en mesure de coordonner l'innovation technologique et sociale pour répondre aux demandes qui montent dans notre société.
Le risque est immense : avant la fin de ce siècle, l'humanité aura peut être irrémédiablement dégradé notre planète. Le défi est donc central, car c'est de notre survie qu'il s'agit. Je pense, à la suite du regretté René Dumont, que seul un socialisme écologique est en mesure de relever ce défi, car la droite libérale, structurellement enfermée dans les froids calculs des profits immédiats, ne peut qu'aggraver la situation pour le long terme. Pour encadrer la nécessaire reconversion de l'appareil de production, il faut décider de la restructuration de la puissance publique elle-même.
Ce grand projet d'un socialisme écologique ne peut prendre corps dans notre pays que si la nouvelle majorité dont nous sommes nombreux à vouloir l'élection en finit avec la marginalisation sans fin du ministère de l'Environnement. La meilleure solution est probablement la création d'une responsabilité au plus haut niveau du dispositif ministériel français, comme l'ont dit avant moi des écologistes connus de tous. Un vice-Premier ministre de l'écologie pourrait ainsi assurer la prise en compte de l'écologie dans l'ensemble des politiques de l'Etat, au cœur de l'action gouvernementale. On peut penser que ce ministre aurait sous sa tutelle, pour imaginer la France de demain, des organismes comme la Délégation à l'aménagement du territoire et le Commissariat Général au Plan. Ainsi que le pouvoir d'élaborer avec les divers ministères en charge de l'aménagement et des transports, de l'industrie et de l'agriculture, les axes forts de la politique de chacun.
Laurent Fabius est le premier des candidats du Parti socialiste en lice pour la présidentielle à s'être clairement et publiquement engagé sur ces propositions fortes. Il est le premier des dirigeants socialistes à avoir pris au sérieux les menaces qui pèsent sur l'humanité et sa planète comme en témoignent l'organisation d'un colloque sur ce thème à l'Hôtel de Lassay dès 1989 et la publication de son livre C'est en allant vers la Mer, en 1990. C'est pourquoi il est celui, me semble-t-il, qui est en mesure d'agir concrètement pour situer l'écologie au cœur de la puissance publique. A l'aube du vingt-et-unième siècle, cette volonté politique est désormais une nécessité vitale.