Nicolas Sarkozy s'exprime à la convention pour la France d'après
Terres à vivre, terres d'avenir. Donner des perspectives à nos campagnes, à l'agriculture et à la pêche.
Mercredi 18 octobre 2006
Extrait. Discours entier disponible ici.
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Premièrement, il faut que nos agriculteurs puissent vivre de leur prix, de leur production, de leur travail. C'est la condition de leur dignité. Cela ne signifie pas que les aides vont disparaître. Les aides sont nécessaires. Mais cela veut dire qu'à l'occasion du découplage, il faut tout faire pour orienter davantage la production vers la demande et augmenter la part des prix dans les revenus des agriculteurs.
Concrètement, cela passe par une présence sans complexe sur les marchés internationaux, j'y reviendrai, mais aussi par le développement des produits labellisés, de niche, de terroir, qu'il faut rendre plus lisibles. Cela passe aussi par les circuits courts, la pluriactivité, le tourisme vert, la solvabilisation des activités non agricoles des exploitants.
Je pense que nous avons trop tardé à encourager l'agriculture bio, laquelle ne disqualifie nullement l'agriculture conventionnelle. L'attrait des consommateurs pour ces produits ne se dément pas et il est dommage que nous soyons obligés d'importer plus de la moitié de notre consommation bio. En tant que Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, j'ai décidé que les cantines scolaires du département seraient approvisionnées en produits bio pour tous les produits possibles. Il faut créer un marché, et plus la demande sera importante, plus les exploitations seront rentables et moins les prix seront élevés.
Vivre des prix et de la production, c'est aussi mieux s'organiser, entre producteurs et dans les interprofessions, pour que le partage de la valeur ajoutée soit plus équitable, moins localisé vers l'aval, moins évaporé dans les fameux rabais, remises, ristournes et marges arrière de la grande distribution. L'Etat doit pour sa part appliquer sans concession les règles de la concurrence loyale, favoriser la déconcentration de la grande distribution et permettre la transparence des prix.
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Enfin, il faut investir dans la recherche et l'innovation. La société de la connaissance ne se fait pas contre l'agriculture. Elle est au contraire une promesse de nouveaux produits, plus sains, plus performants, moins polluants, dans tous les domaines de l'agriculture, depuis l'alimentation jusqu'à la chimie verte.
Comme beaucoup de consommateurs et d'agriculteurs, je ne perçois pas, pour le moment, le service réellement rendu par les OGM qui sont mis en culture dans le monde. Je partage donc leurs réticences à ce que nous les utilisions. Je pense en revanche que nous devons poursuivre l'effort de recherche : en premier lieu, parce que c'est la condition de notre indépendance scientifique vis-à-vis de pays qui investissent massivement dans les OGM et qui pourraient être tentés plus tard de nous imposer leurs vues ; en second lieu, parce que rien ne permet d'exclure que les OGM permettent un jour, dans des conditions totalement sûres, des avancées spectaculaires en matière environnementale, en matière d'alimentation humaine, et même en matière médicamenteuse. La France ne doit donc pas rester à l'écart.
Il faut tout faire en contrepartie pour que cette recherche soit entourée des meilleures garanties et que les associations de défense de l'environnement ainsi que les agriculteurs soient réellement associés à la surveillance et à l'encadrement de ces travaux. De manière générale, la transparence, l'information, l'association de tous les partenaires sont en la matière, comme en tout ce qui concerne la santé humaine, une nécessité absolue. C'est la condition de la précaution, mais aussi de la confiance, et donc du progrès.
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Enfin, je souhaiterais que nous puissions inventer une autre relation, un autre dialogue entre la ruralité et l'environnement, entre l'agriculture et l'écologie.
L'écologie est une préoccupation forte de l'UMP. C'est une préoccupation forte des habitants du monde rural. C'est une préoccupation forte de l'immense majorité des agriculteurs. Pour une raison simple : on ne passe pas sa vie entière à travailler la terre ou à élever des bêtes si l'on n'a aucun sens des équilibres naturels et aucune passion pour la nature. Si nous qui vivons en ville, ressentons régulièrement les effets du changement climatique, comment pourrions-nous croire que nos agriculteurs seraient les seuls à ne pas les percevoir ? Mais jusqu'à ce jour, tout a été fait pour opposer les défenseurs de la nature aux agriculteurs.
Cela ne veut pas dire qu'il faut être complaisant avec les problèmes écologiques posés par certaines activités agricoles. Les efforts entrepris pour une gestion économe de l'eau et le bien-être animal doivent être poursuivis. Il faut également limiter l'usage des pesticides par une formation adaptée des agriculteurs, qui ne doit pas relever uniquement des producteurs de produits phytosanitaires. C'est une priorité, à commencer pour la santé de nos agriculteurs.
Mais le monde rural n'est pas voué à être l'écomusée de la France, pendant que le monde urbain serait autorisé à tout gaspiller, à tout consommer, à tout détruire. Les agriculteurs ne sont pas condamnés à être désignés comme les coupables de nos nuisances écologiques, alors qu'ils sont les premières victimes de l'abus des produits phytosanitaires et que c'est à la campagne que l'on enfouit les déchets des villes. Faire participer nos agriculteurs à la protection de l'environnement, ce n'est pas en faire des jardiniers du paysage. Il y a dans le travail de la terre, tout comme dans l'élevage, la pêche et la pratique de la chasse, une connaissance inestimable des milieux, des sols et des espèces. La France, c'est 54% de terres cultivées et 27% de forêts. C'est donc une attitude stérile que d'opposer chasseurs et écologistes, agriculteurs et protecteurs de l'environnement, alors que nous avons tant à gagner à ce que les uns et les autres travaillent ensemble.
Dans un livre récent, remarquable et remarqué, au titre puissamment évocateur, « L'effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie », le biologiste américain Jared Diamond a établi la liste des 12 processus par lesquels des sociétés anciennes ou récentes ont endommagé leur environnement et causé leur propre perte, en d'autres termes se sont « écocidées ». Sur ces 12 processus, l'agriculture est concernée de manière directe ou indirecte par 10 d'entre eux : la gestion des forêts, l'utilisation des sols, la gestion de l'eau, la chasse et la pêche, pour ne citer que les principaux. Penser que nous pourrons relever le défi écologique sans ou contre les agriculteurs est tout simplement une aberration.
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