article publié sur www.lemonde.fr le 24 octobre 2006
"Comme beaucoup de consommateurs et d'agriculteurs, je ne perçois pas, pour le moment, le service réellement rendu par les OGM qui sont mis en culture dans le monde. Je partage donc leurs réticences à ce que nous les utilisions", a plaidé Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et président de l'UMP, le 18 octobre. Un mois plus tôt, Ségolène Royal s'était prononcée contre la culture d'OGM en plein champ, explicitant la position des socialistes.
Ces déclarations apparaissent comme des revirements pour Greenpeace, car le gouvernement UMP comme son prédécesseur socialiste ont participé à l'autorisation progressive des OGM. A quelques mois de l'élection présidentielle, l'association Greenpeace se permet de douter de ces"déclarations qui feraient rougir d'aise tous les écologistes". Et ironise : "Devant une telle unanimité de la part de gens qui sont au pouvoir ou l'ont été, on se demande bien comment il se fait qu'on ait presque 5 000 hectares de maïs transgénique cultivés sans cadre réglementaire, dans le secret et en toute impunité !", affirme Arnaud Apoteker, le responsable français de la campagne OGM de l'association de défense de l'environnement.
LA LOI "ENTERRÉE" AU MÊME MOMENT
Alors qu'un sondage CSA annonçait récemment que 86 % des Français sont favorables à une interdiction des OGM, le gouvernement vient d'"enterrer" son projet de loi. Le texte vise à encadrer l'utilisation des OGM en milieu ouvert ou confiné, à des fins de recherche ou de mise sur le marché. En première lecture, au Sénat, seule l'UMP a voté pour. Le groupe UDF s'est abstenu. Le PS, le PCF et les Verts ont voté contre.
"La majorité n'en veut pas", a depuis reconnu hors micro Henri Cuq, le ministre chargé des relations avec le Parlement. "On voit à quel point, chez ses auteurs, ce projet de loi est contesté et gênant, souligne Arnaud Apoteker. Il doit absolument être rejeté."
Aujourd'hui, le gouvernement a choisi de transposer la directive par décret, afin d'éviter de payer une astreinte pour non-transposition d'une directive européenne. Et a renvoyé l'éventuel examen de la loi après l'élection présidentielle.
"Le point qui semble mettre tout le monde d'accord, c'est l'interdiction, temporaire ou définitive, des OGM, assène le responsable OGM de Greenpeace France. Pour nous, si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ne veulent pas des OGM, la première mesure qu'ils doivent s'engager à mettre en œuvre, une fois à l'Elysée, est très simple : un moratoire sur les OGM en attendant une loi qui protège véritablement notre agriculture, notre alimentation et notre environnement."
Comme le suggère l'association, se déclarer par principe contre les OGM est facile, trouver des moyens concrets de s'y opposer, sans se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de l'Union européenne, l'est moins.
Constance Baudry et Alexandre Piquard